Deuil pendant l'épidémie de coronavirus : comment surmonter cette épreuve ?

Traverser le deuil est un moment que nous redoutons tous. Pourtant, c’est une étape de la vie qui s’impose à nous et qui est particulièrement difficile à vivre dans la situation particulière que nous traversons. Entretien avec Françoise Freval, référente de l’accompagnement des personnes endeuillées chez Malakoff Humanis.

deuil en période de confinement

Qu’est-ce-que le deuil ?

Le deuil est un instant de vie, que nous allons nous approprier en fonction de notre parcours de vie, de notre relation avec le défunt, notre éducation, nos croyances... pour en faire un chemin unique et personnel.

 

Le deuil est un processus indispensable dont la finalité est de préserver un état psychologique et émotionnel, tout en construisant, en parallèle, un lien intérieur avec la personne disparue. Il deviendra, petit à petit, acceptable de vivre à nouveau, en accueillant, en dépit de tout, ce que la vie a encore à offrir.  

 

Que change la situation sanitaire actuelle au processus de deuil ?

Le processus de deuil n’a jamais été aussi perturbé qu’aujourd’hui. Le COVID-19 et le confinement viennent entraver et bouleverser tout ce que nous pensions pouvoir accomplir pour accompagner un proche en fin de vie. Tout est remis en question.

 

Il faut tout repenser, réorganiser, trouver de nouvelles façons de se sentir vivant pour accompagner nos morts, et cela dans un délai très court.

 

Pourquoi est-il plus difficile de faire son deuil dans cette période particulière ?

C’est plus douloureux, d’une part parce que nous n’avons pas pu accompagner la fin de vie de notre proche. Ne pas avoir pu lui faire comprendre que nous étions là par des gestes tendres et des mots de réconfort, ni lui faire savoir avant qu’il ne parte tout l’amour dont il est l’objet,…

 

A cela s’ajoutent plusieurs restrictions concernant l’organisation des obsèques. Il n’y a plus de place pour les rituels, les veillées, les moments de recueillement autour du défunt, tout doit être organisé en comité réduit... L’impossibilité de réaliser ces ”rites” ne laisse pas la place au partage de la peine, aux contacts physiques dont on peut ressentir le besoin avec ses proches, ces moments où l’on se serre et se console dans les bras de l’autre...Certaines personnes peuvent éprouver de la culpabilité de ne pas pouvoir honorer leur défunt comme il se doit et cela peut être vécu comme une violence émotionnelle.

 

Autant de raisons qui nous bouleversent et qui peuvent nous conduire vers un sentiment d’injustice, voire ressentir de la colère ou de la culpabilité, ce qui, à terme, seront autant de freins dans notre processus de deuil.

 

En quoi consiste le processus de deuil ?

Elisabeth Kübler Ross, psychiatre pionnière de l’approche des soins palliatifs des personnes en fin de vie, a défini un modèle du deuil en 5 étapes pour nous aider à mieux le comprendre.

 

  1. Le déni est une phase assez courte durant laquelle la raison et les émotions semblent engourdies.
  2. La colère face à la perte d’un être cher provoque un sentiment d’injustice qui peut parfois conduire à la culpabilité.
  3. Le marchandage est une phase où l’on est prêt à tout pour atténuer la douleur et reprendre le contrôle sur quelque chose qui n’est pas de notre ressort.
  4. La dépression est une des étapes les plus longues, qui se caractérise par une grande tristesse, une baisse d’énergie, une insociabilité. Les émotions nous paraissent insurmontables.
  5. L’acceptation est une phase de reconstruction ou nous nous résignons à accepter la réalité, la personne endeuillée commence à retrouver de l’énergie, aller de l’avant et organiser sa vie en fonction de la perte.

 

 

Quels conseils peut-on donner aux personnes qui souffrent de la perte d’un être cher ?

 

Christophe Fauré, psychiatre et psychothérapeute a écrit “Faire son deuil ne signifie pas oublier la personne décédée. C'est un processus psychique inconscient et inévitable de cicatrisation de la blessure laissée par la perte de cet être cher”.

 

Si ce chemin peut se montrer long et difficile, tout notre être se mobilise pour soigner cette plaie de cœur. Il est important de s’écouter. Nous pouvons ressentir un besoin de retrait et de solitude, ou au contraire d’être accompagné. Il est parfois nécessaire de se faire aider, de trouver du soutien en dehors du cercle familial et amical pour continuer à avancer dans le processus du deuil.

 

Plusieurs associations peuvent vous accompagner, n’hésitez pas à les solliciter : EmpreinteDialogue et SolidaritéJALMALV, ou encore la Favec

Elles peuvent vous proposer des échanges téléphoniques avec des bénévoles formés au deuil et/ou des psychologues, de rejoindre des groupes de paroles, des ateliers, des conférences... 

 

BON à SAVOIR

Notre partenaire « Mieux traverser le deuil » propose une plateforme d’écoute disponible 24h/24 par téléphone, visio ou chat, grâce à un réseau de 500 bénévoles. L’association offre également un service de retranscription des obsèques en ligne pour pallier l’impossibilité de se rendre aux obsèques de votre proche. Ces deux services sont entièrement gratuits.

 

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