Employeurs : quelles difficultés pour vos salariés aidants ?

15% des salariés français sont des aidants. Souvent discrets sur leur situation, ils subissent de plein fouet les conséquences de cette double vie : le stress, le manque de temps, l’absentéisme… Autant de raisons pour leur employeur de s’en préoccuper.

Employeurs : quelles difficultés pour vos salariés aidants ?

Être un aidant, c’est se rendre disponible au quotidien pour assister un proche que l’âge, la maladie, ou le handicap placent en situation de perte d’autonomie. Ils sont plusieurs millions (entre 8 et 11 selon les enquêtes) à aider un parent, un conjoint, un enfant… et la moitié de ces aidants est encore dans la vie active[1].

Autrement dit, 15 % des salariés s’occuperaient au quotidien d’un proche (23% pour les salariés de plus de 50 ans)[2]. Statistiquement, il y a donc fort à parier que des collaborateurs de votre entreprise sont concernés. Et que cette situation a des répercussions importantes sur leur travail… répercussions dont vous n’avez peut-être pas eu connaissance ?

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Des aidants discrets sur leur situation

Venir en aide à un proche constitue une démarche naturelle, et qui relève de la vie privée. La plupart des aidants ne mettent donc pas forcément un mot sur cette responsabilité qui leur incombe… et évitent d’en faire état sur leur lieu de travail : d’après une enquête très fouillée de l’association France Alzheimer sur les aidants au travail, à peine 58% d’entre eux s’en sont ouverts à leurs collègues proches. Et un sur deux a abordé le sujet avec sa hiérarchie… Autant dire que la plupart des “cas” ne remontent pas jusqu’aux ressources humaines ou à la direction de l’entreprise.

Pudeur, défiance : les raisons du silence

Interrogés sur le pourquoi de ce silence, les aidants évoquent principalement trois raisons de ne pas mentionner leur situation dans leur entreprise :

  • Pour séparer leur vie professionnelle de leur vie personnelle (34% des réponses) : cela relève du domaine privé, et ils souhaitent gérer cela seuls ;
  • Ne pas s’exposer en termes de carrière (25%) : ils craignent que ce statut d’aidant nuise à leur image et ait des retombées négatives ;
  • Par manque de confiance (10%) dans la capacité de leur structure professionnelle à apporter du soutien.

 

Un “aveu” qui peut survenir trop tard

Pour les aidants, évoquer les contraintes et les difficultés liées à ce rôle se révèle déjà délicat auprès de leur amis ou de leur famille. C’est évidemment encore plus compliqué au bureau, dans un milieu a priori moins bienveillant.

Conséquence : les aidants retardent le moment où ils devront faire connaître leur situation. Jusqu’au moment, en réalité, où il n’est plus possible de faire comme si de rien n’était :

  • leur travail est de moins bonne facture, et rendu tardivement
  • ils ne respectent plus les horaires, arrivent en retard, repartent plus tôt, voire s’absentent en cours de journée
  • ils posent des congés et RTT au tout dernier moment
  • ils sont plus souvent en arrêt maladie, en burn-out…

Ces signes, qui doivent vous alerter pour orienter le collaborateur vers des solutions adaptées surviennent généralement lorsque le mal est fait. Le salarié est “noyé” entre sa vie d’aidant et sa vie professionnelle, il ne parvient plus à faire face, et doit donc être aidé de toute urgence.

 

Stress, absentéisme, décrochage… Les difficultés des aidants au travail

79% : c’est la proportion (énorme !) des personnes qui déclarent avoir des difficultés à mener de front leur vie professionnelle et leur activité d’aidant. Pour une raison évidente : avoir la responsabilité d’un proche se révèle très chronophage. Régulièrement, un aidant va en effet devoir :

  • se charger de solliciter des aides et organiser le suivi de son proche (rendez-vous, planning des auxiliaires à domicile, etc.),
  • accompagner son proche lors de rendez-vous médicaux ou d’une hospitalisation,
  • s’assurer durant la journée que son aidé se porte bien,
  • et enfin assurer les urgences éventuelles.

Une charge lourde, à la fois en termes de gestion du temps, mais aussi de charge mentale : 9 aidants sur 10 ressentent du stress, de l’anxiété, de la fatigue...

 

Le quotidien : une course contre la montre

Résultat, plus d’un aidant sur 5 consacre au moins 40h par semaine à son proche, les trois quart dépassent les 5h hebdomadaires[3]. 40% des aidants reconnaissant ainsi prendre sur leurs heures de travail pour organiser toutes ces tâches.

Et lorsqu’ils n’ont pas d’urgence à traiter, la situation les rend moins productifs, et intellectuellement moins disponibles, puisque plus de 7 aidants sur 10 constatent que leur rôle a des conséquences sur leur concentration et leur efficacité.

Un absentéisme qui grimpe

Les absences et congés se multiplient également : 44% des aidants posent RTT et vacances afin de pouvoir s’occuper de leur proche, 24% ont opté pour un aménagement de leur temps de travail dans ce but : temps partiel, télétravail, ou aménagement horaire. En moyenne, un aidant va s’absenter 16 jours par an pour assumer ce qui ressemble finalement à une activité annexe… mais très prenante[4].

 

Une carrière entre parenthèse

Changer de poste, assumer moins de responsabilités, se réorienter… Certains aidant n’ont d’autre choix que de mettre leur carrière au second plan. Ils sont ainsi 43% à estimer que leur évolution a été freinée du fait de l’aide apportée à un proche, et même 15% à penser qu’ils ont été “pénalisés”.

 

Les aidants : une richesse pour l’entreprise ?

Cet état de fait, l’employeur n’en est pas responsable. Du moins pas totalement. Mais il a tout intérêt à se pencher sur ce sujet de société, car le chemin est encore long : seuls 2% des aidants affirment être accompagnés par leur entreprise.

 

Les aidant en activité, loin d’être désinvestis

Malgré les soucis quotidiens, et le peu d’écoute, les aidants salariés sont en effet très loin d’être “démissionnaires”. 96% d’entre eux souhaitent maintenir leur activité, et pas seulement pour des raisons financières :

  • c’est une “bulle d’air” pour 47% d’entre eux, l’occasion de sortir de l’accompagnement de leur proche
  • c’est aussi, pour 40% des aidants, une source d’épanouissement d’autant plus appréciée dans la difficulté

 

Aider développe de nouvelles compétences

Enfin, presque un tiers des salariés aidants voient du positif dans cette situation. Ils constatent notamment qu’elle leur a permis :

  • d’être mieux organisés, de prendre plus de recul
  • de développer leurs facultés d’écoute et d’empathie

Au-delà des enjeux de responsabilité sociale des entreprises (RSE) et de bien-être au travail, à l’heure où les soft skills et la capacité à collaborer sont de plus en plus valorisées, ce sont autant de savoir êtres sur lesquels une entreprise gagnerait à capitaliser…

 

Ce qu’attendent les aidants : de l’écoute, de la reconnaissance… et du temps

Concrètement, qu’espèrent vos salariés aidants ? Ils ne demandant pas la Lune, mais plutôt la mise en place de solutions simples pour les aider :

  • Avant tout, du temps ! Des horaires personnalisés, flexibles, du télétravail… C’et la principale attente pour 56% des aidants.
  • De l’information, de l’écoute, des échanges et de la formation… 
  • Une meilleure sensibilisation de leurs managers, souvent dépourvus et mal informés sur ces situations.

 

Bon à savoir

 

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