Il (ou elle) ne vous reconnaît plus ? Ne parvient plus à identifier des sons, des voix, des objets ? L’agnosie qui frappe certains malades d’Alzheimer est un trouble douloureux et perturbant pour leurs proches. De quoi s’agit-il, et comment la surmonter : nos conseils.
Qu'est-ce que l'agnosie dans la maladie d'Alzheimer ?
Elle fait partie des 4 grands piliers symptomatiques par lesquels on désigne Alzheimer : la « maladie des 4A ». Amnésie (troubles de la mémoire), aphasie (troubles de la parole), apraxie (troubles des gestes), et donc agnosie (qu'on confond souvent avec l'anosognosie), qui désigne l'incapacité du cerveau à identifier ou à reconnaître ce qu'il perçoit, et ce malgré des fonctions sensorielles (vue, ouïe, toucher) totalement intactes. Le terme vient du grec « a », sans, et « gnôsis », connaissance (on parle également de troubles gnosiques).
Une agnosie peut être causée par :
- des maladies neurodégénératives, donc dans le cadre de la maladie d'Alzheimer, de façon évolutive suite à la dégénérescence des neurones lors des stades modérés ou avancés de la maladie,
- des lésions accidentelles du cerveau suite à un accident vasculaire cérébral (AVC, cause la plus fréquente des agnosies), un traumatisme crânien, une tumeur cérébrale, une infection, une épilepsie…
Dans les deux cas, ce sont les aires cérébrales responsables de la reconnaissance, dans les lobes pariétal et temporal, qui sont atteintes.

Maladies neurodégénératives
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Les formes d'agnosie les plus fréquentes chez les malades d’Alzheimer
Dans le détail, différentes zones de ces lobes peuvent être touchées, et conduire à différentes formes d’agnosie. Voici les principales formes auxquelles peut être confrontée une personne malade d’Alzheimer.

L'agnosie visuelle associative : ne plus reconnaître les objets
C’est la forme la plus courante d’agnosie : les yeux perçoivent les images, mais le cerveau ne parvient plus à les interpréter. Ce qui rend méconnaissables des objets familiers, ou encore des symboles abstraits (comme des panneaux indicateurs).

La prosopagnosie : ne plus reconnaître les visages familiers
La prosopagnosie est aussi une forme d’agnosie visuelle, mais qui touche une autre zone du cerveau, et affecte la reconnaissance des visages. C’est la plus douloureuse pour les proches, que le malade n’identifie plus.

L’astéréognosie (agnosie tactile) : ne plus reconnaître les objets par le toucher
Elle se caractérise par l'impossibilité de reconnaître un objet uniquement en le touchant. La personne atteinte est capable d'en décrire les différentes caractéristiques physiques (lourd ou léger, chaud ou froid, long ou court), mais elle reste incapable de le nommer. C’est une forme plus fréquente chez les personnes touchées par un AVC que chez celles atteintes d’Alzheimer.

L’agnosie auditive : ne pas identifier les sons
Moins fréquente que l'agnosie visuelle, elle est tout aussi handicapante. Elle se traduit par l'incapacité d'identifier les sons de l'environnement familiers (bruit d’une bouilloire, sonnerie d’un téléphone), ainsi que les voix connues.
L'agnosie visuelle aperceptive : un défaut de perception
Cette forme rare d’agnosie est particulière : ici, ce n’est pas la fonction de reconnaissance qui est atteinte, mais l’aire de la vision dans le cerveau. L’objet est alors mal vu ou mal perçu, d’où l’incapacité à le reconnaître : c’est donc un problème sensoriel plus que cognitif.
Votre proche est atteint d'agnosie : comment l’aider ?
Il n'existe actuellement aucun traitement médicamenteux pour guérir l'agnosie. Si votre proche souffre d’un de ces troubles gnosiques, sa prise en charge va reposer essentiellement sur :
- la rééducation neuropsychologique (par un orthophoniste, un ergothérapeute, un psychomotricien selon les cas),
- le développement de ce qu’on appelle des stratégies de stimulation cognitive compensatoires pour contourner les difficultés que rencontre votre proche, sur lesquelles vous avez un rôle à jouer en tant qu’aidant.
À lire aussi : La prise en charge des malades d'Alzheimer : quelles aides, et vers qui se tourner ?
Comment réagir face aux agnosies d’un proche ?
Les troubles gnosiques sont frustrants et très perturbants pour les proches aidants. Ils le sont bien sûr tout autant pour les personnes malades d’Alzheimer.
La première règle, c’est donc d'adopter une approche bienveillante, patiente, et d'éviter toute confrontation ou insistance si votre proche se trompe. Les stratégies de stimulation cognitive détaillées ci-dessous se solderont régulièrement par des échecs, elles se révèleront parfois fatigantes pour votre proche : il faut sentir quand il vaut mieux s’arrêter. Et intervenir avec douceur et sans commentaire négatif lorsque votre proche “échoue”.
Deuxième conseil : commencer tôt. Même si votre proche ne peut pas “guérir” de son agnosie, l’entraîner dès les premiers signes à reconnaître les objets, visages, sons… ne peut que ralentir l’évolution des troubles, et l’aider à trouver des solutions de contournement.
Troisième règle : la régularité. Parce que les routines strictes rassurent les personnes malades d’Alzheimer, et qu’une bonne stimulation cognitive est comme un entraînement sportif : des séances courtes mais régulières sont plus bénéfiques que des sollicitations intenses mais espacées, et la répétition est clé.
En cas d’agnosie visuelle associative
Puisque le lien entre la vue et le cerveau est “cassé”, le but est de compenser en utilisant les autres sens : il faut habituer votre proche à déduire ce qu'il regarde en s'aidant du contexte, de l'ouïe ou du toucher :
- en l'entraînant à mobiliser d'autres ressources de sa mémoire (couleur, taille) pour identifier un objet. Par exemple, il peut réapprendre qu'un objet rond et rouge peut être une tomate ;
- en adaptant le quotidien et l'environnement : bien ranger pour éviter de surcharger son environnement visuel, coller des étiquettes (mots ou images) sur les objets essentiels pour aider à leur reconnaissance.
En cas de prosopagnosie (reconnaissance des visages)
Si votre proche éprouve des difficultés à reconnaître les visages, même les plus familiers, les stratégies de contournement pour l’aider vont constituer à :
- privilégier les repères non visuels, en l’incitant à se concentrer sur la voix, le toucher, le parfum, la démarche, des bijoux et accessoires familiers…
- l’entraîner à se focaliser sur des traits distinctifs des visages (les yeux, le nez, la bouche, des grains de beauté…). Comme l’a montré une étude publiée en 2016, les malades d’Alzheimer arrivaient à reconnaître les visages aussi bien que des personnes en bonne santé lorsqu’on leur présentait les photos à l’envers, ce qui signifie qu’ils reconnaissent bien les traits distinctifs, mais peinent en revanche à reconstituer le visage comme un tout unifié.
Pour cela, vous pouvez mettre en place des activités comme :
- des “puzzles” photos avec seulement une partie du visage visible à reconnaître,
- la consultation régulière des albums photos de famille légendés, avec des petits défis.
En cas d’agnosie auditive
Ici, il va s’agir d’associer les sons à d'autres supports (textes, images), pour compenser le déficit de reconnaissance auditive par la vue. En mettant en contexte les sons et les voix de l'environnement, on peut réactiver leur mémorisation.
L'écoute de chansons et de musiques appréciées par votre proche permet aussi de stimuler la mémoire et d'éveiller des souvenirs émotionnels positifs
En cas d’astéréognosie (agnosie tactile)
Le principal exercice de rééducation consiste à manipuler “à l’aveugle” des objets du quotidien, afin de réapprendre au cerveau à intégrer et identifier les caractéristiques physiques par le seul biais du toucher.
Pour aller plus loin : Muscler son cerveau grâce à des exercices pratiques : jeux et activités spécial mémoire
<h2>Agnosie et anosognosie : deux troubles à ne pas confondre
Attention, faux ami ! Si vous aidez une personne atteinte d’Alzheimer, vous avez peut-être entendu parler d’anosognosie… ou vous y êtes confronté(e). Car dans 8 cas sur 10, l’anosognosie est la conséquence d’un Alzheimer.
Malgré la proximité sonore, rien à voir avec l’agnosie : l’anosognosie est un trouble neurologique où la personne ne reconnaît pas ou nie sa propre maladie ou ses déficits. Une personne qui ne sait pas qu’elle est malade refusera toute forme d’aide ou de soin. Et risquera de se mettre en danger : inconsciente de ses difficultés de coordination, de jugement, de prise de décisions…, elle continuera par exemple à vouloir conduire sa voiture.
Pour en savoir plus : Quand le malade ignore sa maladie : gros plan sur l'anosognosie